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6) La lisibilité

 

Saisir la pensée de l’auteur dès la première lecture… ne pas avoir à relire en se faisant des nœuds au cerveau pour comprendre le sens d’un paragraphe, voire d’une phrase… c’est ce que la plupart des lecteurs souhaitent, non ?

La lisibilité est le confort de lecture du lecteur.

Les trois facteurs principaux de la lisibilité sont :

a) Des mots lisibles, courts et courants ;

b) Des phrases courtes en moyenne ;

c) Des phrases de structure directe.

 

a) Des mots lisibles, courts et courants.

Les mots de 2 à 5 lettres favorisent la lisibilité. Les mots de 6 ou 7 lettres sont un handicape. Pourquoi ?

Première raison : parce que l’étroitesse de notre champ de vision (la fixation), nous permet de saisir plusieurs mots courts, mais qu’un seul mot long. Donc le sens qui est dans la relation entre mots apparaît moins.

Seconde raison : les mots courts sont aussi les plus usuels. Ils ont donc une chance d’appartenir déjà au vocabulaire du lecteur.

La majorité des gens, quand ils parlent, emploient des mots courts. Certains jeunes auteurs, pensent qu’il est bien plus « classe » d’utiliser des mots longs et rares (je l’ai fait aussi, une horreur…). C’est dommage pour la lisibilité, car :

 

- Les noms et les verbes, mots de base, sont mieux saisis que leurs dérivés (adjectif, adverbe, ou nom dérivé).

Ex :

Lire > lisible > lisibilité

Personnifié > personnification

Hugo > hugolien

 

- Les mots concrets sont mieux saisis que les mots abstraits parce qu’ils évoquent l’image.

Ex :

Roc > enrochement

Table > entablement

Esprit > entendement

 

- Les verbes et les noms qui expriment un mouvement sont mieux saisis que ceux qui décrivent un état statique.

Ex : « La fosse était pleine de crocodiles en mouvement impatients de l’instant où Daniel leur serait jeté en pâture pour avoir mis la main au missel de la mère supérieure. »

« Des crocodiles rampaient dans la fosse, avides de viande, ils guettaient Daniel qui allait leur être jeté pour avoir mis la main au missel de la mère supérieure. »

 

Quelques règles pour être lisible :

Eviter les archaïsmes et les néologismes ;

Préférer les mots à racine latine, à ceux venant du grec ;

Préférer les mots français plutôt que les importations (ex : temps partagé plutôt que time-sharing) ;

Éviter les sigles, le jargon ou les abréviations peu courantes.

Les mots usuels sont mieux retenus parce que perçus plus vite.

De même, les mots qui ont une résonance affective assez forte sont mieux perçus.

Exemples de mots neutres : maison, table, tapis, lampe.

Exemples de mots affectifs : amour, baiser, désir, cancer, suicide, cadavre.

 

 

b) des phrases courtes en moyenne.

La capacité de notre mémoire à court terme en lecture est assez faible. En moyenne une quinzaine de mots. Il parait qu’on appelle ça un empan de lecture. Bizarre, parce qu’un empan, ancienne mesure, qui était la distance entre l’extrémité du pouce et celle de l’auriculaire lorsque la main est ouverte le plus possible, est largement supérieur à 15 cm, même pour une petite paluche !

Donc 15 mots, en moyenne, car cet empan varie selon le niveau socioculturel :

Niveau primaire : environ 10 à 12 mots.

Niveau secondaire : environ 15 à 18 mots.

Niveau supérieur : environ 22 à 28 mots.

Alors, dire phrases courtes en moyenne, signifie qu’une phrase longue peur être compensée par une courte pour que la moyenne reste au alentour de 15 mots, ce qui correspond aux lecteurs grand public. (Ainsi, les 4 premières phrases de ce paragraphe comportent respectivement : 13, 6, 9 et 37 mots. Ce qui donne 16 mots en moyenne).

 

Voici un échantillon des longueurs moyennes des phrases de quelques auteurs français :

< 15 mots :

Duras = 13

Collection Harlequin = 13

Dard (San Antonio) = 12

Giono = 15

Giroud = 15

Simenon = 15

Villiers (SAS) = 14

 

> 15 < 30 :

Colette = 17

Flaubert = 18

Gide = 20

Rabelais = 28

Stendhal = 25

Valéry = 22

Yourcenar = 27


> 30 :

Bossuet = 28

Descartes = 74

Montaigne = 30

Proust = 38

Hors concours : Céline : 206 !

 

 

 

En conclusion :

Certes, il faut nuancer dans l’application. Certains parmi nous souhaitent peut-être n’avoir essentiellement que des retours par l’élite intellectuelle. Pourquoi pas ? Dans ce cas, celui-ci ne fera probablement pas grief de la longueur de leurs phrases. Par contre, ceux qui comme moi apprennent à écrire dans l’espoir inavouable, mais réalisable parce qu’insensé, de voir leur ouvrage sur les rayons des librairies, feraient bien de réfléchir à la lisibilité. Parce que le nombre de livres vendus, pourrait être inversement proportionnel à la longueur de leurs phrases si elles excèdent en moyenne les 15 mots fatidiques.

 

c) Des phrases de structure directe.

La phrase la plus simple comprend dans l’ordre un sujet (groupe nominal), suivi d’un prédicat (groupe verbal) : « Le ciel // est bleu. »

Si on complexifie par augmentation des deux membres : « Le ciel / voilé / que l’on aperçoit / par-dessus / le toit / de l’église / dans le lointain / brumeux // présente / des reflets bleutés /sur fond / d’horizon doré /qui s’illumine / dans le soleil couchant. » (Ouf !)

De 4 mots, nous sommes passés à 34.

La difficulté de lecture vient de l’insertion de 18 mots entre le sujet (le ciel) et le verbe (présente).

Il paraît que cet « écran linguistique » est une forte gêne pour tous lecteurs de niveau inférieur au bac.

Euréka ! Je viens de comprendre pourquoi je n’aime ni Proust, ni Descartes, ni Céline… Je n’ai pas le bac !

Si vous voulez augmenter la mauvaise lisibilité, faites des phrases « cascades » ou « récurrentes », c'est-à-dire celles qui répètent plusieurs fois la même tournure (de… de… de… ou : que… que… que…) Berk, berk, berk ! Là, c’est complet, le lecteur ne sait plus comment associer le sujet initial au prédicat qui se fait la paire de cascade en cascade.

Pour conclure ce sujet, voici deux trucs.

Un bon moyen de faire varier la longueur des phrases : les idées complexes nécessitent des phrases longues et complexes. Par contre, on peut traduire les idées simples par des phrases courtes (les idées courtes peuvent aussi être traduites par des phrases complexes… non, là, je déconne !)

Construire des phrases prédictives. C'est-à-dire dont le début laisse présager la suite. Elles sont moins monotones et soutiennent l’intérêt du lecteur.

Phrase non prédictive : « Le ciel est bleu / par-dessus le toit. » (On pourrait s’arrêter à la barre).

Phrase prédictive : « Par-dessus le toit, / le ciel est bleu. » (On ne peut pas s’arrêter ; on attend la suite).

Phrase non prédictive : « Des crocodiles guettaient Daniel qui allait leur être jeté en pâture, ils rampaient dans la fosse, avides de viande. »

Phrase prédictive : « Dans la fosse, les crocodiles rampaient, avides de viande, guettant celui qui allait leur être jeté en pâture, ce Daniel. »

 

Et ce second truc, est essentiel à la bonne lisibilité. Proust, dont le score est de 38 mots par phrase, s’arrange la plupart du temps pour faire des phrases prédictives qui aident à la lecture.

Favoriser la lisibilité n’est pas un nivellement du style par le bas, car en la dosant, son utilité et l’élégance peuvent se rejoindre.

Bon, salut, j’ai mal au crâne, je vais prendre un petit adjuvant alcoolisé pour faire passer ça, oui mais l’alcool, me direz-vous, n’apaise pas les maux de tête, mais je m’en fou, puisque je serrai bourré je ne m’en apercevrai pas, et si Ulysse de la Margelle du Puits de la Noblerie c’est mon chien) me fait une remarque désobligeante, je lui dirai qu’il s’occupe de ses puces. Non mais !

 

 

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